Rapatrier le cloud : pourquoi les entreprises réinternalisent leurs charges de travail
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Dans un contexte de budgets de plusieurs milliards qui dérapent et de relations de dépendance dont elles peinent à se libérer, de plus en plus d’entreprises envisagent désormais de rapatrier leurs charges de travail depuis le cloud public.
Le mouvement de rapatriement du cloud est surtout porté par les applications prévisibles et à long terme pour lesquelles les frais courants facturés l’usage, les frais de trafic de données et les suppléments pour services gérés font exploser le budget. Autres arguments de taille : les exigences en matière de souveraineté des données, de transparence et de capacité à effectuer des contrôles réglementaires. Et c’est surtout dans les secteurs très réglementés et dans le secteur public que les solutions installées sur site ou de colocation offrent la manière la plus simple et fiable de s’y conformer. Les facteurs techniques tels que la latence, la gravitation des données et la prévisibilité des performances sont autant d’autres moteurs du rapatriement.
Le coût total de possession figure lui aussi parmi les considérations clés. Et pourtant, tous ces aspects sont bien souvent sous-estimés dans les environnements de cloud public. C’est qu’en général, on oublie qu’il n’y a pas que la puissance de calcul et la mémoire, mais aussi des dépenses à prendre en compte pour le trafic de données, l’observabilité, les services de plateforme, les ressources inactives, les modifications tarifaires et surtout les coûts de la migration du cloud vers une infrastructure sur site. Pris sur une période de plusieurs années, ces différents postes, à profil de charge constant, peuvent entraîner d’importants écarts par rapport aux budgets prévus. Sur le cloud, les acteurs opérant leurs applications sur le temps long avec un profil de charge stable constatent bien souvent que la facture est plus salée que prévu.
La souveraineté numérique et le piège du « souveraineté washing »
S’il y a bien un thème intimement lié à la question du rapatriement, c’est celui de la souveraineté numérique. Par ce terme, on entend la capacité à exploiter de manière autodéterminée les systèmes informatiques critiques, tant du point de vue juridique que technique et économique, mais aussi la possibilité de changer de prestataire si nécessaire et de mener à bien ce changement dans les faits. Le « souveraineté washing », c’est toute situation où les promesses restent lettre morte et où la dépendance perdure en raison d’interfaces propriétaires ou de compétences de juridictions extraeuropéennes. La réinternalisation du cloud est donc un moyen parmi d’autres de veiller à une véritable portabilité et de clarifier les responsabilités.
Là où la situation se corse, c’est lorsque les entreprises font appel pour leurs solutions souveraines précisément aux prestataires dont elles sont déjà particulièrement dépendantes et qui se caractérisent par une position dominante sur le marché. C’est là une constellation à proscrire, puisqu’elle ne fait que masquer la dépendance plutôt que de la faire disparaître. La véritable souveraineté n’intervient que lorsqu’un changement de prestataire est et reste possible dans les faits et que l’utilisateur a à tout moment le contrôle de ses données.
La pratique : entre stratégies, charges de travail et infrastructure hybride
Alors, à quoi ressemble concrètement cette réinternalisation ? La réponse dépend de la taille de l’organisation en question. Les entreprises de taille moyenne sont assez coutumières des approches pragmatiques et ciblées et de la réinternalisation d’un petit nombre d’applications clairement définies où la pression des coûts ou les besoins en matière de souveraineté priment. Les grandes entreprises, quant à elles, ont plutôt tendance à opérer par vagues, avec une gouvernance échelonnée, des feuilles de route par domaine et des contrats d’approvisionnement en parallèle pour respecter la réglementation et faire disparaître toutes relations complexes de dépendance. Si les chemins qui y mènent sont divers, l’objectif reste le même : récupérer le contrôle de son infrastructure.
À cet égard, les architectures hybrides sont le modèle privilégié, dans la mesure où elles font rimer souveraineté et flexibilité. Les éléments critiques ou sensibles à toute latence fonctionnent sur site ou dans un centre de données en colocation, tandis que les pics de charges variables et les services mondiaux peuvent être couverts de manière flexible par le cloud. Ce qui est essentiel, c’est que la portabilité soit pensée dès le début, par le biais de procédures de déploiement stables, du principe d’Infrastructure as Code, d’une surveillance constante et de règles de sécurité concertées. Le nouveau règlement européen sur les données soutient justement, au travers de ses dispositions, la possibilité de passer d’un cloud à l’autre. En ce qui concerne les architectures hybrides, les coûts peuvent également être réduits en faisant appel à des logiciels d’occasion dans le cadre de modèles « bring you own licence ».
Les systèmes les plus adaptés au rapatriement sont les systèmes à long terme très prévisibles avec d’importants volumes de données entrantes et sortantes tels que les solutions d’ERP, de DMS et de PLM ainsi que les plateformes gourmandes en données avec des flux de données internes importants. Sont également prédestinées les applications sous licence dont les coûts d’exploitation sur site sont gérables de manière plus transparente, là encore éventuellement en faisant appel au marché secondaire, qui est parfaitement autorisé au sein de l’UE. Ce qui restera dans le cloud, en revanche, ce sont les charges de travail très variables ou réparties mondialement, la distribution de contenus et le prototypage IA/ML, à condition de respecter les principes de protection des données et de contrôle des coûts.
Éviter les erreurs typiques et récupérer une marge de manœuvre
Sortir du cloud nécessite d’éviter un certain nombre de pièges qu’il ne faut pas perdre des yeux. Bien souvent, on sous-estime le temps ou les coûts nécessaires au rapatriement des données, notamment lorsqu’il s’agit de bases de données importantes sans alimentation (« seeding ») ou parallélisation préalable. Parmi les autres erreurs, on compte la migration sans étapes de replateformage, ce qui ne fait que répliquer les inefficacités dans la solution installée sur site. Les différences structurelles et leurs conséquences pour les licences doivent elles aussi être prises en compte lors de la migration. Bien souvent, il n’y a pas de règles de sortie du cloud claires au regard des formats de données, des confirmations de suppression ou du transfert de support ni de tests fiables d’identités, d’interfaces et de segments de réseau dans l’exploitation cible.
La perte de savoir-faire est un autre problème qui guette lorsqu’on a été dépendant du cloud pendant des années. Et là, seul un revirement décidé permet de le surmonter. La solution : approfondir les compétences avec des équipes en établissant en parallèle des opérations de plateforme classiques (stockage, réseau et virtualisation), ainsi que des pratiques modernes à l’instar de GitOps et des principes d’Infrastructure-as-Code et de Policy-as-Code. En complément, il vaut la peine de renforcer les compétences dans le domaine des achats et des licences pour profiter de manière responsable des marges de manœuvre financières, y compris en faisant appel aux logiciels d’occasion – une solution tout à fait légale. Dans ce contexte, les prestataires informatiques sont appelés à jouer un rôle clé s’ils contribuent activement à la portabilité, à la transparence et à la planification de la sortie du cloud tout en offrant un transfert structuré de connaissances.
Conclusion
Pour toutes les raisons évoquées, la réinternatlisation du cloud devrait continuer à faire partir intégrante des stratégies professionnelles d’approvisionnement multisource. Si les cycles tarifaires peuvent varier au fil du temps, les moteurs structurels que sont la souveraineté, le contrôle des coûts, la réversibilité et la conformité en toute transparence ne risquent pas de disparaître. En 2026, les solutions informatiques sur site modernes sont basées sur des API et des indicateurs et sont ultraautomatisées. Elles vont de pair avec des infrastructures HCI et « fabric », des portails en self-service, des déploiements déclaratifs, des FinOps intégrées ainsi que les principes de confiance zéro, du centre de données à l’edge. Depuis toujours, LizenzDirekt fournit des solutions, mais aussi un conseil pour que ses clients disposent d’une solution informatique conforme à leurs besoins, à la législation et aux valeurs européennes. En tant que revendeur de logiciels d’occasion et défenseur du marché de la seconde main en Europe, nous aidons les entreprises tous éditeurs de logiciels confondus à veiller à l’interopérabilité et à la conformité de leurs licences en cas d’audit. L’objectif : que toute opération de rapatriement réunisse le trio gagnant de la rentabilité, de la conformité et de la souveraineté technique.
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